La bataille de St-Denis
Style : Folk québécois Tempo : 84 BPM Tonalité : Sol mineur (G minor) Ambiance : Mélancolique Instrumentation : Guitare acoustique seule (strumming naturel, boisée). Harmonica. Voix : Chanteur québécois masculin, voix mature, chaleureuse, légèrement grave. Interprétation sincère, sobre, sans exagération. One voice, not others.
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Lyrics
Couplet 1
La pluie tombait, lourde et droite,
Clouant nos épaules au sol.
L’eau mordait nos mains étroites,
S’infiltrait jusqu’au fer des rôles.
Le vent hurlait dans les granges,
Comme un chien fou sans collier,
Et nos manteaux buvaient l’ange
D’un ciel gris prêt à nous plier.
Nous tremblions, non de panique,
Mais d’un froid qui ronge l’os,
Ce froid sec, méthodique,
Qui vous parle comme un fossoyeur clos.
Pourtant, au fond de la poitrine,
Brûlait plus fort que la raison
Une braise dure et fine :
Défendre ici notre maison.
Couplet 2
Je n’étais qu’homme de labour,
Les mains faites pour la terre,
Pas pour l’acier, pas pour la poudre,
Ni pour le cri des tonnerres.
Mais ce matin dans la tourmente,
Un vieux fusil contre mon flanc,
Je sentais battre dans mes tempes
Le cœur ancien de mes parents.
Ils étaient cinq cents dans la boue,
Manteaux sombres, pas serrés.
Nous trois cents, paysans debout,
Mousquets rouillés, fourches levées.
Ils avaient l’ordre et l’Empire,
Nous la rage calme des nôtres :
Cette fierté qu’on ne peut lire
Que dans les yeux d’un homme autre.
Refrain
Sous la pluie, sous le vent,
La peur nouée dans le ventre,
Nous tenions, fiers et vivants,
Comme un mur que rien n’éventre.
Sous la pluie, dans la glaise,
Nos pas s’enfonçaient sans plier,
La liberté, rude et épaisse,
S’élevait plus dure que l’acier.
Couplet 3
Nelson, droit sous l’averse,
La barbe collée au menton,
Dit d’une voix brève et ferme :
« Nul n’est forcé. Restons. »
Personne ne quitta la ligne.
Pas un pas vers l’arrière.
Nous étions liés par un signe :
La langue, la terre, nos pères.
Le premier canon fendit l’air,
La maison vola en éclats.
La pierre saigna dans la poussière,
Le sol vibra sous nos pas.
La fumée nous brûlait les lèvres,
La poudre noircissait nos doigts.
On tirait, on rechargeait, fièvres,
La pluie mêlée à nos voix.
Je vis Charles tomber dans l’argile,
Le torse ouvert sous le ciel.
Son regard restait tranquille,
Comme s’il voyait l’éternel.
La peur me prit à la gorge,
Un nœud dur, prêt à céder…
Puis un cri monta, une forge,
Et nous avons chargé.
Refrain
Sous la pluie, sous le vent,
La peur nouée dans le ventre,
Nous marchions, lentement,
Comme un mur que rien n’éventre.
Sous la pluie, dans le sang,
Nos pas frappaient la boue rouge,
Et l’Empire, un instant,
Reculait sous notre houle.
Pont
Le ciel gris, la terre écarlate,
Le canon soudain s’est tu.
Ils ont fui vers Sorel, hagards,
Laissant leurs morts éperdus.
Nous étions debout, trempés,
Les yeux pleins d’un feu ancien.
Ce n’était pas qu’un champ gagné —
C’était un peuple qui tient.
Couplet final (vieil homme)
Les ans ont passé sur ma peau,
Comme la pluie sur la rivière.
Mes mains tremblent encore un peu,
Mais ce n’est plus la guerre.
Quand le vent souffle du nord
Et que la Richelieu se voile,
J’entends mes frères sans corps
Parler dans l’ombre pâle :
« Nous étions là dans la glaise.
Nous avons tenu debout.
Si tu marches libre et fier,
C’est que nous avons tenu pour vous. »